C’est quoi la « bonne » poésie ?

En fouillant Internet dans le cadre de recherches universitaires, je suis tombé sur un article qui traitait de la poésie contemporaine. Intitulé “La poésie est-elle nécessairement illisible ?” (disponible ici), l’auteur de ce texte reprend cette grande question et tente d’y apporter quelques éléments.

En tant que modeste auteur, je suis toujours à la recherche des rouages qui forgent la poésie. Depuis de nombreuses années, on ne peut pas nier que la forme de la poésie a évolué, et s’est même métamorphosée. On a même un peu tendance à dire que « tout » est poésie, dans une sorte d’élan créateur (ou dans un contexte social qui veut faire croire à tout le monde que chacun est capable de créer, de faire de l’art – c’est une autre question). Les formes se multiplient, et pourtant, la poésie n’est pas le genre privilégié par les lecteurs. Pour les romans, il y a du monde c’est certain ; mais alors pourquoi la poésie est-elle boudée à ce point, délaissée, alors qu’elle vit quand même dans l’imaginaire collectif et participe à la renommée de la littérature (c’est vrai, qui ne connait pas Baudelaire ou Rimbaud) ?

Ce qui vient assez tôt dans l’analyse de Pierre Vinclair, est que la poésie est un terrain d’expérimentations. On le voit, et cela rejoint ce qu’on disait plus tôt : les formes poétiques ont évolué très vite, et se sont modifiées pour s’adapter aux nouveaux contextes socio-culturels (notamment les nouveaux médias). Cela tient certainement à l’idée que l’on se fait de la poésie : une forme mobile, souple, permettant un jeu avec les mots et les images. Pourtant, il est aujourd’hui difficile de lire et surtout de comprendre le poème, tel que le proposent certains nouveaux auteurs. Celui qui s’est déjà retrouvé, face à face, avec un poème contemporain sait ce que cela signifie. On est complètement perdus, désarmés. Comment s’y prendre pour lire, pour comprendre, pour ressentir la poésie d’aujourd’hui ? Car si les formes et structures (assez rigides) classiques étaient rassurantes, nous sommes en présence d’une prise de liberté totale, d’un rejet de la convention, ou dans certains cas, de la recherche d’un effet de modernité.

Cet hermétisme n’est pourtant pas quelque chose de nouveau. Les symbolistes, dont faisaient d’ailleurs partie Baudelaire, Rimbaud et Verlaine (pour ne citer qu’eux), travaillaient sur une poésie nouvelle, de correspondances, qui n’avaient pas vocation à se livrer au premier lecteur venu. Stéphane Mallarmé se revendiquait lui-même du mouvement « hermétique », en faisant une poésie volontairement incompréhensible. Alors hier déjà, et encore aujourd’hui, la poésie se veut mystérieuse pour protéger ses secrets. N’est-ce pas un début de piste que l’on pourrait esquisser ? Les romans plaisent parce qu’ils proposent un début, une série d’actions et une fin qui clôture la narration. Autrement dit, une fois la lecture terminée, toutes les réponses ont été données. Le poème moderne, lui, ne donne aucun indice sur sa résolution ; il faut un effort de la part du lecteur, une implication caractérisante des formes nouvelles de l’art. Comme face à un tableau abstrait, ou conceptuel, il faut que se crée une interaction.

Je pense que la réponse à la question est liée, d’une certaine manière, à la vision de l’art que l’on a en général aujourd’hui. Si l’on jette un oeil du côté des arts plastiques, on se rend compte que là aussi, les choses ont beaucoup changé : les tableaux ne sont plus des tableaux, les sculptures ne sont plus des sculptures (si bien que maintenant on appelle installation une oeuvre que l’on a du mal à définir précisément). Ce n’est pas seulement la poésie qui change, mais l’art et la vision culturelle que l’on en a. En fait, je dirais même que la poésie est sur la bonne voie. Elle avance, se façonne d’une nouvelle manière, et que se soit positif ou non, elle ne reste pas fixe. Le théâtre, lui aussi, possède des frontières de plus en plus floues avec la danse, la musique ou ces fameux arts plastiques. Finalement, le genre le plus feignant est le roman ; malgré certains auteurs qui s’en sont fait une spécialité, on ne peut pas dire que la structure du roman ait évoluée. Tous les romans d’aujourd’hui sont des romans frileux, angoissés et vieillissants (le constat est abrupt mais assumé !).

Donc, je retiendrai qu’il ne faut pas avoir peur de se frotter à la poésie, et à la pluralité des interprétations qu’elle propose. Ce n’est qu’une question d’évolution. Et tout ça est normal, c’est le chemin de la modernité. S’il n’y a qu’une seule chose à conseiller, ce serait d’être patient face au poème, de prendre le temps de l’apprivoiser. Et puis surtout, il faut rappeler que la liberté poétique existe : prenez ce que vous avez à prendre, et laissez à l’auteur ce qui ne vous plait pas !

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