Interview – LeQuidam

Au gré des balades, dans la rue, on se dit parfois que tel lampadaire mériterait d’être considéré comme une œuvre d’art ; c’est vrai, la lumière qui grésille, son esthétique un peu dépassé. Pourtant il est toujours là, et il continue tant bien que mal de fonctionner, et de proposer un peu de lumière. Ces objets du quotidien, Marcel Duchamp voulait déjà les transformer en œuvres d’art : le ready-made, consiste à prendre un objet manufacturé et à l’imposer en tant qu’objet d’art à part entière. À la frontière du pop art, du ready made et du street art, LeQuidam nous propose une vision toute particulière de la ville : elle devient un musée, dans lequel il dirige notre regard et nous propose une vision inédite des choses qui sont pourtant ancrées dans notre quotidien.

– Depuis quand « Le Quidam » existe-t-il ? Comment est-il né ?

Si la présence de Le Quidam sur les réseaux est assez récente. Le projet, lui, a déjà quelques années. Il est né de l’envie d’explorer la poésie du quotidien à travers un médium libre de toutes contraintes.

– Qui se cache derrière « Le Quidam » ?

Un monsieur tout-le-monde.

Crédits photo : LeQuidam (Instagram)
Crédits photo : LeQuidam (Instagram)

– C’est un procédé original et pourtant très simple que vous utilisez ; comment cela vous est venu ?

En me baladant dans la rue, j’ai aperçu au milieu d’objets qui attendaient le passage des encombrants, un bidet en faïence qui m’a fait immédiatement penser à la fontaine de Duchamp. L’idée de faire se rencontrer le ready-made et le street art à commencer à germer et utiliser des cartels d’expositions pour transformer des objets du quotidien en œuvre d’art m’est alors apparue comme une évidence.

– Comment est-ce que vous procédez pour réaliser vos oeuvres ? À quel moment vous décidez d’agir et de passer à l’action ?

Quand je marche dans la rue, je note les « œuvres » qui peuvent avoir un intérêt avant de créer les cartels correspondants. Ensuite pour ce qui est du collage, je cherche surtout à mettre en scène le rapport entre l’objet et le cartel pour créer l’effet d’un ready-made exposé.

– Le but de ces installations est-il simplement poétique, ou bien est-ce qu’il s’agit de dénoncer quelque chose ?

C’est une forme de poésie revendicative. Elle cherche à poser question et à interroger sur la place de l’homme dans la ville tout en questionnant les limites de l’art.

Crédits photo : LeQuidam (Instagram)
Crédits photo : LeQuidam (Instagram)

– Quel est votre rapport à la ville ? Qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?

Aujourd’hui, la ville est devenue pour moi un formidable terrain d’observation et d’expression. Cela n’a pas toujours été le cas et je pense que le street-art a été une manière de mieux appréhender la ville, de me l’approprier d’une certaine manière.

– Comment pensez-vous que votre travail soit perçu par le public ?

Les cartels déclenchent beaucoup de réactions, toutes plutôt positives. Je crois que les gens apprécient les différentes lectures possibles. De la plus sophistiquée, à la plus simple. Ce qui est intéressant est de voir l’interprétation que chacun en fait.

– Y a-t-il une réaction dont vous vous souvenez et qui vous a particulièrement marqué ?

Je suis repassé récemment dans une ruelle ou j’avais collé le Murinoir au milieu de tags. Le mur a été nettoyé depuis mais l’agent d’entretien a laissé le cartel. Ça me fait sourire de penser qu’il a dû être déstabilisé par cet encart informatif et ne pas savoir quoi faire avec.

Crédits photo : LeQuidam (Instagram)
Crédits photo : LeQuidam (Instagram)

– Avez-vous d’autres projets à venir ? Une sorte d’évolution du projet initial ?

J’ai prévu d’aller coller à Londres prochainement. Cela m’intéresse de me frotter à l’environnement urbain d’une autre ville. Par ailleurs, je suis en train de travailler sur un autre projet autour des trajets quotidiens.

Je remercie LeQuidam d’avoir joué le jeu et d’avoir très gentiment, très patiemment, répondu à nos questions et nous permettre de publier cette interview ! À bientôt pour de nouvelles aventures urbaines !