Le poème selon Gracq et Valéry

Que doit être le poème ?

Aujourd’hui, je lisais quelques extraits de Julien Gracq et je suis tombé sur ça :

« Parmi les millions de possibles qui se présentent chaque jour au cours d’une vie, quelques-uns à peine écloront, échapperont au massacre, comme font les oeufs de poisson ou d’insectes, c’est-à-dire porteront conséquence »

Évidemment, ma première pensée se dirige vers la poésie. Car qu’est-ce que la poésie, au fond, sinon un possible dont parle Gracq, que l’on capture de force et que l’on tente de retranscrire au mieux ? Comme un tatouage imprimé dans la mémoire, une sensation ou une image s’inscrit et reste, persiste même ; jusqu’à ce que la poésie passe par là. Le travail du poète ne serait-il pas de modeler son texte jusqu’à ce qu’il soit la parfaite retranscription de cette vision ? Et même, si sa maîtrise poétique est parfaite, il ira jusqu’à faire du poème l’émotion elle-même. C’est d’ailleurs ce que Gracq continue d’exprimer, plus loin dans son texte.

julien gracq club de poètes sauvages

« D’un poème il n’existe pas d’autre forme de souvenir que sa remémoration exacte, vers après vers. Pas d’autre reprise de contact possible avec lui que sa résurrection littérale dans l’esprit. »

– En lisant, en écrivant, Julien Gracq

Faire du poème l’objet de mémoire parfait. Modeler le poème de sorte qu’il devienne l’image elle-même. C’est aussi un peu ce que Mallarmé prônait lorsqu’il parlait du poème Idée. Et c’est aussi ce qui fait que le poème a une finalité qui lui est propre : il est à la fois texte et sonorité, mais aussi empreinte objective (compréhensible par tous du fait du langage commun qui le constitue) tout autant qu’il est empreinte subjective (avons-nous tous la même définition des mots qui composent notre langage ? Quelle nuance ai-je et que vous n’avez pas pour le mot « feu », « éclat » ou « beauté » ?) et de ce fait, le poème est un trésor déterré depuis le monde du poète, mais qui appartient à tous. Fixé par le poète, il n’est rattrapable que s’il est rendu tel quel : forgé d’une certaine manière, il doit rester ceci ou cela, sous peine de perdre son identité essentielle. Paul Valéry souligne cette idée :

« La forme conservée, ou plutôt exactement reproduite comme unique et nécessaire expression de l’état de la pensée qu’elle vient d’engendrer au lecteur, qui est le ressort de la puissance poétique. Un beau vers renaît indéfiniment de ses cendres, il redevient – comme l’effet de son effet, – cause harmonique de soi-même.« 

Commentaires de Charmes, in Variété III

paul valery club des poetes sauvages

La formule de Valéry est explicite, et il me semble que tout est dit. Alors c’est dans ce sens que l’on peut travailler, lorsque l’on s’interroge. Laisser le poème être ce qu’il est, et prendre conscience de l’importance de la forme. D’ailleurs pour terminer, restons avec le groupe de ces hauts poètes avec Mallarmé et l’un de mes poèmes préférés : Apparition.

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