La poésie contemporaine

La poésie contemporaine, c’est quoi ?

Si l’on devait faire un état des lieux de la poésie, la première des questions (qui serait aussi la plus dure) serait celle de la poésie contemporaine. Et d’ailleurs, le fait même de poser la question est difficile. Doit-on dire quelque chose comme : « Qu’est-ce que la poésie contemporaine ? » ou plutôt « Comment s’écrit la poésie contemporaine ? ». Et qu’en est-il de son étendue ? Car avec les nouvelles écritures permises par l’informatique et le numérique, la poésie a trouvé une source de renouvellement. On voit naître de la poésie sur Twitter (avec les restrictions que cela impose), tout comme la forme du sonnet imposait une écriture au XVIIème siècle. Rien ne change, donc, mais tout est différent.

Dès lors, comment prendre la mesure de ce qu’est la poésie aujourd’hui ? Arrêtons-nous sur le langage. Il est évident que quelque chose se produit dans le langage, qui devient autre chose qu’un simple moyen de communication et même, de compréhension. Depuis toujours la poésie est considéré comme un écart par rapport à une norme langagière préétablie. Cette définition minimale permet de souligner le fait que, la poésie, est une suite d’écarts définis dans un système normalisé, opéré par un certain nombre de figures de styles dont la métaphore en serait l’expression la plus évidente. Mais n’est-ce qu’un écart ? Et cet écart n’est-il pas désormais une rupture, plus brutale et plus violente, vis-à-vis d’une langue connue et maîtrisée ?

« Nommer un objet, c’est supprimer les trois-quarts de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve. »

Ces mots de Mallarmé permettent d’entendre la nécessité de la rupture pour le basculement dans le poétique. Il n’est pas impossible d’imaginer qu’aujourd’hui un poème est un représenté par un simple mot. Cela existe, et c’est même quelque chose qui, parfois, pose problème.Prendre un mot, le poser au centre d’une feuille blanche, et l’y laisser seul : est-ce véritablement de la poésie ? Considérons ici que c’est le cas. Quel effet cette solitude produit-elle ?

parfois j'écris - visual poetry - poésie contemporaine

Dans un premier temps, le mot apparaît. Il est là, seul au monde, sur un espace qui lui est totalement dédié ; il est seul c’est vrai mais déjà il s’y sent bien. Il s’étale et prend sa place, son sens devient plus clair que jamais. Et puis, le voir dans cet état là comme s’il était dénudé, permet de prendre conscience de certaines choses. Un sens nous vient ; d’abord un sens évident, celui du sens commun des choses. Puis, un sens second, moins évident, que nous essayons de comprendre car nous avons le temps de voir le mot. Enfin, comme on envoie un seau pour chercher de l’eau au fond d’un puits, quelque chose remonte du fond de nous-mêmes, un sens qui nous appartient et que personne d’autre, au monde, ne pourrait lui donner. Dans cette relation, le mot devient l’expression d’autre chose que lui-même, qui échappe à toute signification rationnelle. Il est allié, ennemi ; frère, parent, parfum, son, cri, pleure. Il est ce qu’il représente mais pas ce qu’il dit.

Alors, voilà d’un des intérêt de la poésie contemporaine : redonner au mot une place de premier ordre dans l’écriture et dans le texte (bien que la question du mot unique en tant que texte reste ouverte). Mais c’est tout le contemporain qui s’apparente à cela : un monochrome blanc, par exemple, est autant une réflexion sur la peinture que sur celui qui le regarde ; une réflexion sur le blanc, sur ce qu’il dit et représente. Lorsque Pierre Soulages peint des toiles noires, ce n’est pas juste par économie de sens ou par fainéantise. C’est parce qu’il y cherche quelque chose : faire émerger, depuis la matière minimale (peintre, texte), un sens bien plus large et bien plus vaste que lorsque cette même mesure minimale se retrouve coincée dans une composition où elle n’est qu’une partie, qu’un connecteur de tout le reste. Où le sens est parasité par tout ce qui l’entoure. Cette épuration du contexte signale beaucoup plus qu’une simple focalisation sur les mots ; c’est d’abord un recentrage du monde que l’on cherche à éprouver, une manière de délimiter son propre monde et de voir jusqu’où peut se propulser notre imagination.

visual poetry - poésie contemporaine

Certes, ce qu’est un tout petit aspect de la poésie contemporaine, mais il semble que ce soit aussi l’un de ses traits les plus importants. Il est évidemment difficile de caractériser une esthétique lorsque le temps n’a pas encore fait son oeuvre ; et les commentaires ne sont donc que partiels, subjectifs mais ils ont le mérite de donner quelques clés. Il ne reste plus qu’à se confronter à la poésie contemporaine pour voir ce qu’elle a à proposer. Et surtout, simplement se demander ce que l’on doit tirer de ce qui est en face de nous : car l’auteur, l’artiste, ne donne pas de sens, il propose une forme à laquelle se doit de répondre le spectateur. D’ailleurs,c’est aussi ce qu’en disent Julien Gracq et Paul Valéry.

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